La ménopause est une épreuve physique et psychologique majeure dans la vie de chaque femme. Et nous, les hommes, souvent nous n’y faisons pas attention, ou alors on attend que ça passe. Ça peut être le fruit de notre  mécompréhension, de notre indifférence parfois, mais aussi la conséquence d’une impression qu’on ne peut rien y faire. D’autant que si jamais on en parle, on se fait quelquefois rabrouer.

Or, c’est une idée fausse. Vous ne pouvez pas éviter cette épreuve à votre femme, mais vous pouvez l’accompagner et l’aider à choisir des solutions qui lui rendront cette période moins difficile, et par conséquent, réduiront les impacts sur sa vie et sur votre couple.

Ceci n’est pas (seulement) une lettre sur l’empathie, les beaux sentiments et l’écoute active. Bien sûr, être attentif à votre épouse, à ses douleurs et aux moments difficiles qu’elle traverse est important, et un des meilleurs remèdes est de lui témoigner votre amour. Mais parfois, ça ne suffit pas ! Je vais avant tout vous parler de choses concrètes : de sommeil, d’alimentation, de rythme de vie, de signes spécifiques auxquels vous pouvez être vigilant. Des petites choses, mais qui, mises bout à bout peuvent beaucoup soulager le quotidien des femmes en préménopause – et donc le vôtre.

UN DÉTRAQUEMENT HORMONAL GÉNÉRALISÉ, POUR PARLER SIMPLEMENT

Car en effet, c’est plutôt de préménopause que l’on devrait parler. La différence ? 

  • La ménopause est l’arrêt définitif des règles (on considère qu’une année d’absence de règles marque la ménopause). Quand cela survient, en général le plus dur est passé et le corps de la femme retrouve un équilibre.
  • La préménopause est la période de transition qui précède la ménopause. Elle peut durer des années (pour certaines femmes, elle va commencer dès la trentaine).

Pendant la préménopause, le corps de la femme subit des transformations considérables. J’ai du mal à imaginer une métaphore ou une comparaison avec le corps d’un homme tant ces transformations sont nombreuses et affectent presque toutes les fonctions du corps. Imaginez un peu si, du jour au lendemain, votre production de testostérone se mettait à diminuer, sans crier gare, sans que rien ne vous permette de le réaliser bien sûr. Votre voix changerait, vous commenceriez à avoir moins de poils par endroits, votre libido baisserait dramatiquement, vous prendriez de l’embonpoint sans raison et vous vous sentiriez toujours fatigué. Sans cause identifiable !

Et vous voulez me faire croire que ça ne vous mettrait pas en pétard !?

FIN DU STOCK D’OVULES = MOINS D’HORMONES, PUIS PLUS DU TOUT

Pour faire simple, le cycle menstruel est destiné à permettre à un ovule d’arriver à maturité afin de pouvoir être fécondé par un spermatozoïde. Mais les femmes ont un stock limité d’ovules, d’ailleurs déterminé dès la naissance. Lorsqu’il n’y a plus d’ovules (de follicules ovariens pour être plus exact) les productions hormonales d’œstrogènes et de progestérone baissent très progressivement, et souvent de manière irrégulière, jusqu’à s’arrêter.

Les œstrogènes, il n’y en a pas que chez les femmes, mais on les trouve en beaucoup plus grande concentration. Ils participent non seulement à la régulation du cycle menstruel, mais aussi au développement des caractères sexuels secondaires féminins, comme la poitrine.

Mais ce n’est pas tout. Ils sont également impliqués dans le développement du système nerveux, dans la régulation du système cardiovasculaire, et même dans l’homéostasie, cette gestion des équilibres de notre organisme (pression, température, régulation de l’eau, etc.). Rien que ça. C’est pour ça que les hommes en ont aussi, mais en quantité moindre et stable toute la vie.

DES CONSÉQUENCES TOUS AZIMUTS, PHYSIQUES ET PSYCHOLOGIQUES

Lorsque débute la préménopause, le cycle des règles est perturbé, pour commencer. Elles durent plus ou moins longtemps. Elles arrivent plus tard, ou plus tôt. Elles font plus ou moins mal que d’habitude. Dans un sens, c’est une chance lorsque cela permet à la femme de réaliser qu’elle est entrée en préménopause. Mais souvent, les femmes peuvent penser qu’il s’agit d’une variation naturelle, ou liée au stress, à certaines situations de vie. Sachant l’importance de ce cycle pour l’ensemble de la physiologie et de la psychologie des femmes, c’est naturellement un premier bouleversement qui a beaucoup d’impact.

Ensuite, la plupart des femmes (environ 7 sur 10) font l’expérience de bouffées de chaleur. Comme leur nom l’indique, il s’agit d’épisodes qui durent quelques minutes, durant lesquels les femmes ressentent une brusque sensation de chaleur intense, des frissons, voire des tremblements, parfois accompagnés de sueurs abondantes. Ces bouffées de chaleur sont particulièrement fréquentes la nuit et la plupart du temps, réveillent la personne qui en souffre.

Vous croyez que c’est tout ? Il y a beaucoup d’autres effets indésirables.

De nombreuses femmes vont avoir tendance à prendre du poids, même sans rien changer à leur mode de vie ou à leur alimentation, ceci à cause du rôle des hormones dans le stockage de la graisse en prévision des grossesses et de l’allaitement. Les femmes vont se mettre à prendre du poids… comme les hommes, plutôt sur le ventre.

Même sans bouffées de chaleur nocturnes, les femmes vont souffrir de troubles du sommeil, qui bien souvent conduisent à un état de fatigue chronique, avec tous les effets secondaires qu’on imagine.

La préménopause correspond au début de l’ostéoporose, c’est-à-dire la perte de densité en calcium des os, qui augmente leur fragilité, et donc les risques de fracture.

Enfin, sur le plan physique, l’apparition de la sécheresse vaginale va être à la fois une cause et une  conséquence de la baisse de la libido.

Rien d’étonnant à ce que le mental soit affecté par toutes ces transformations. La préménopause se caractérise chez de très nombreuses femmes par un accroissement de l’irritabilité, des sautes d’humeur, voire des périodes de déprime ou d’anxiété.

  • COMMENT POUVEZ-VOUS RÉAGIR DE MANIÈRE UTILE ? 

Il n’est pas aussi facile qu’on pense pour une femme de se rendre compte qu’elle entre en phase de préménopause.

  • D’abord parce que cette transformation peut se produire à n’importe quel moment entre l’âge de trente et de cinquante ans. Ce n’est souvent pas la première chose à laquelle on pense.
  • Ensuite, parce que tous ces symptômes ne se manifestent pas en même temps du jour au lendemain. Et certains de ces symptômes, quand on les identifie, peuvent avoir d’autres causes.
  • Enfin parce qu’il n’est pas forcément facile pour une femme, sur le plan psychologique, d’accepter l’idée que la préménopause s’est enclenchée, car c’est évidemment un signe de vieillissement, difficile à vivre dans une société qui glorifie autant la jeunesse et la beauté.

Votre première contribution est donc d’oser aborder le sujet, en sachant que la première fois, ça risque de mal passer, et c’est normal. La préménopause est un signe de vieillissement qui n’est porteur que de mauvaises nouvelles pour la femme. Mais les femmes ont tout intérêt à consulter leur gynécologue pour vérifier l’avancée de ce phénomène. D’abord, pour comprendre ce qui leur arrive et aussi parce qu’il existe maintenant des accompagnements hormonaux qui peuvent être d’une grande efficacité.

LES TRAITEMENTS HORMONAUX SONT EFFICACES ET SÛRS 

Les premières TRH (Thérapies de Remplacement Hormonal) ou THM (Traitement Hormonal de la Ménopause) sont apparues dans les années 1960. Ces traitements ont suscité quelques doutes, ou des réticences chez certaines femmes en raison d’effets secondaires parfois importants, voire de l’augmentation du risque pour certains cancers (notamment le cancer du sein) ou les maladies cardiovasculaires. Les choses se sont beaucoup améliorées et toutes les études récentes (par exemple cette étude canadienne parue fin 2023) confirment à la fois l’efficacité et l’absence de risques des traitements hormonaux les plus courants.

Le principe est simple : il s’agit de remplacer les hormones (l’œstrogène et la progestérone) dont la production naturelle a cessé, par des médicaments. Ces traitements se révèlent très efficaces, notamment contre les bouffées de chaleur, les transpirations nocturnes et la perte osseuse. L’administration d’œstrogènes se fait par voie orale (en comprimés) ou par voie cutanée (crème ou patch). Le traitement est naturellement personnalisé, et le ou la gynécologue va viser la dose efficace la plus faible possible.

Mais aller chez le gynécologue n’est jamais un plaisir pour une femme. En plus, c’est difficile d’avoir un rendez-vous, alors ENCOURAGEZ-LA ! 

QUE POUVEZ-VOUS FAIRE DE PLUS ? 

Des tas de choses !

Parlons d’abord d’alimentation. Une alimentation adaptée permet d’atténuer les symptômes de la ménopause, sans avoir à bouleverser toutes vos habitudes.

Il est possible de compenser en partie la diminution de production d’œstrogènes par la consommation de phytoœstrogènes, des molécules présentes dans certains végétaux (comme le soja, les graines de lin, les fèves et les lentilles) qui ont des propriétés similaires aux œstrogènes. Pensez à introduire ou à augmenter la présence de ces plantes – mais aussi de tofu, dans votre alimentation de base.

Si vous ne le savez pas encore, les huiles que vous utilisez pour cuisiner ont une grande importance. Les huiles avec une forte proportion d’oméga 3 (des acides gras polyinsaturés que notre corps ne peut pas fabriquer) sont à privilégier, en général et en particulier dans des périodes critiques pour le métabolisme, comme la préménopause. Pensez à l’huile de lin, l’huile de noix ou l’huile de colza, aux poissons gras comme le thon, le saumon ou le maquereau.

Pour prévenir les risques d’ostéoporose, soyez vigilants quant aux apports de calcium et de vitamine D (qui favorise la métabolisation du calcium) : pensez aux laitages, aux œufs, aux fruits à coque, aux choux, aux sardines.

Certaines préparations de plantes permettent de lutter plus spécifiquement contre les bouffées de chaleur. Une plante peu connue se distingue pour ses effets bénéfiques  : l’actée à grappes noires. Il s’agit d’une plante venue d’Amérique du Nord, qui forme à la floraison une longue hampe portant des petites fleurs blanches. Elle est recommandée aussi bien par l’agence européenne des médicaments (EMA) que par l’OMS pour « le traitement des symptômes gênants de la ménopause : bouffées de chaleur, transpiration excessive, troubles du sommeil et irritabilité ». À noter toutefois que cette plante est déconseillée chez les personnes ayant souffert ou à risque d’un cancer du sein.

Parlons ensuite sommeil. Vous l’aurez compris, que ce soit du fait des bouffées de chaleur ou d’autres symptômes, le sommeil peut être durablement affecté par la préménopause, ce qui peut engendrer des effets supplémentaires physiques et psychiques. Prenez donc le temps de réfléchir à la meilleure manière d’améliorer votre repos nocturne. Ces améliorations bénéficieront autant à votre conjointe qu’à vous-même. Votre matelas, l’organisation de votre chambre, l’aération de votre pièce, la position de votre lit, la présence d’appareils électriques ou électroniques, la température de la pièce, vos routines avant de vous coucher et au moment de l’endormissement (écrans, bruit, boissons, etc.), tous ces éléments sont à considérer dès que vous réalisez que la qualité de sommeil de l’un ou de l’autre conjoint se dégrade.

Croyez-moi, peu d’efforts sont aussi utiles et rapidement récompensés que ceux que vous accordez à ce moment si important de votre vie : DORMIR.

CE N’EST HÉLAS PAS EN DEUX COUPS DE CUILLER À POT…

Pensez que la préménopause est un phénomène qui s’étale souvent sur des années, voire une décennie. Qui plus est, les variations de production d’œstrogènes jouent parfois au yo-yo. Vos efforts doivent donc viser la constance et le temps long. Ils ne seront pas toujours récompensés immédiatement et auront des effets variables. Mais soyez sûrs que, ne serait-ce que sur le plan psychologique, pour vous-même et pour votre compagne, le fait de prendre en considération la préménopause et ses effets, d’en parler, d’y faire attention et de mettre en place certaines actions, sera déjà en soi un bénéfice pour vous deux, avant même la manifestation d’améliorations sur certains symptômes, qui risque de prendre du temps.

 

1 https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/menopause/symptomes-diagnostic

2 Freeman EW. Depression in the menopause transition: risks in the changing hormone milieu as observed in the general population. Womens Midlife Health. 2015 Aug 11;1:2. doi: 10.1186/s40695-015-0002-y. PMID: 30766689; PMCID: PMC6214217.

3 https://www.cmaj.ca/content/195/19/E677

4 https://www.hug.ch/sites/interhug/files/documents/menopause.pdf

5 https://www.vidal.fr/parapharmacie/phytotherapie-plantes/actee-grappes-noires-actea-racemosa.html